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Mardi 27 octobre 2026

L'État chiffre sa sortie de Microsoft, le vol de données se passe de failles et l'IA d'entreprise verrouille ses clients

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La Quotidienne

L'État chiffre sa sortie de Microsoft, le vol de données se passe de failles et l'IA d'entreprise verrouille ses clients

La Cour des comptes chiffre la dépendance de l'État à Microsoft et recommande une migration vers le libre dès 2027. Le CERT-FR montre que la plupart des vols de données se passent de faille technique. Le S-1 d'Anthropic décrit une stratégie d'enracinement chez les grands comptes. Trois arbitrages : chiffrer la sortie, calibrer les seuils d'accès, négocier la réversibilité de l'IA.

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L'Édito : La dépendance se lit dans le contrat

Deux décisions, deux échelles, une même leçon. À l'est de l'Europe, un opérateur privé a restreint l'usage de son réseau satellitaire par une armée en guerre. À Paris, une juridiction financière demande à l'État de quitter son principal éditeur bureautique d'ici la fin de la décennie.

Le premier cas tient en quelques lignes de conditions d'utilisation. Elon Musk accuse l'Ukraine d'avoir employé Starlink, service commercial, pour des frappes de drones offensives, après que SpaceX a bloqué son usage sur les drones dépassant une certaine vitesse ; deux responsables ukrainiens contestent, et Volodymyr Zelensky a indiqué ce week-end que les nouvelles restrictions étaient levées (Ars Technica). Les circonstances exactes de la levée restent disputées (LBC). Le fait demeure : la capacité opérationnelle d'un État a dépendu, pendant près de deux semaines, de l'interprétation qu'un fournisseur faisait de son propre contrat.

Le second cas est plus lent, mais procède de la même logique. Le rapport de la Cour des comptes sur les outils bureautiques de l'État ne parle ni de guerre ni d'extraterritorialité au premier chef : il parle de licences, de tarifs et de feuilles de route. C'est précisément là que se loge la dépendance. Celui qui fixe le prix, les fonctions et les conditions d'usage fixe aussi la marge de manœuvre du client.

La même grille de lecture s'applique ce matin à l'IA d'entreprise. Le dossier d'introduction en Bourse d'Anthropic décrit, chiffres à l'appui, une stratégie d'enracinement chez les grands comptes. La question n'est plus de savoir si une organisation dépend de ses fournisseurs numériques, mais si elle a négocié les moyens d'en sortir.

L'État peut-il réellement quitter Microsoft ?

Combien coûte, pour une administration, de rester captive d'une suite bureautique ? La Cour des comptes apporte une première réponse dans son rapport sur les outils bureautiques et collaboratifs de l'État, publié le 21 octobre (AFP via Techniques de l'Ingénieur). Elle recommande d'engager dès 2027 une migration vers des suites libres, sur trois à quatre ans, hébergées sur un cloud interne de l'État ou chez un prestataire qualifié SecNumCloud (L'Usine Digitale).

Le périmètre couvre environ 860 000 postes des administrations centrales et déconcentrées. Les ministères ont dépensé près de 100 millions d'euros en 2025 pour ces outils : 61 millions de licences, 26 millions de prestations, 13 millions de personnel. Microsoft et les produits assimilés, Bleu compris, captent 80 % des achats de licences, et la dépense a progressé de 50 % entre 2021 et 2025. Microsoft a relevé la plupart de ses tarifs en juillet en invoquant l'ajout de fonctions d'IA.

L'argument économique repose sur un écart unitaire estimé par la Dinum : environ 100 euros par poste et par an pour une offre libre hébergée en SecNumCloud, contre 250 euros pour Microsoft 365. Sur l'ensemble du parc, la différence atteint près de 130 millions d'euros par an. La Cour souligne elle-même qu'il s'agit d'un écart entre deux scénarios futurs, non d'une économie nette après migration.

Le point le plus structurant concerne Bleu. Plusieurs ministères comptent conserver Microsoft via l'offre d'Orange et Capgemini ; la Cour admet qu'elle protégerait des lois extraterritoriales, mais rappelle qu'elle ne supprime ni la dépendance technologique ni la dépendance économique. Elle juge aussi La Suite de la Dinum insuffisante à court terme pour remplacer messageries et tableurs. Pour les entreprises, la leçon est directe : l'hébergement qualifié traite la question juridique, pas la question du verrou.

Le vol de données se passe de failles

Près de 200 violations de données issues d'applications web ont été suivies par le CERT-FR en 2025, selon un retour d'expérience publié le 20 octobre (CERT-FR). L'Usine Digitale précise le décompte : 196 incidents d'exfiltration en 2025, contre 130 en 2024 (L'Usine Digitale).

Le constat central dérange : dans la plupart des cas, aucune vulnérabilité technique n'a été exploitée. Identifiants légitimes réutilisés, accès obtenus par ingénierie sociale, données exposées sans contrôle d'accès suffisent. Une organisation de santé numérique a perdu des données médicales après la prise de contrôle d'un simple compte utilisateur, qui donnait accès à une API trop permissive. En février 2025, des entreprises de l'agroalimentaire ont été compromises par un faux convertisseur Word-PDF qui exfiltrait les documents et installait un voleur d'identifiants.

Le CERT-FR juge obsolète l'authentification par identifiant et mot de passe seuls, rappelle que les seconds facteurs saisis manuellement restent vulnérables au phishing en temps réel, et demande de traiter le cookie de session comme un secret. Sa recommandation la plus opérationnelle porte sur la vitesse : les données de millions de personnes tiennent en quelques gigaoctets, transférables en minutes. D'où des seuils calés sur les métiers. Pour une secrétaire médicale consultant 40 dossiers par jour, une alerte au-delà de 50 et une désactivation au-delà de 75. Un outil d'orchestration de type SOAR n'est pas indispensable pour commencer.

L'agence pointe enfin des journaux incomplets qui empêchent de relier une consultation à une identité. Comme l'a montré la clé maîtresse LiteLLM jamais révoquée (La quotidienne du 26 octobre), l'accès légitime mal gouverné reste la porte la plus large.

Anthropic, ou l'art de rendre une IA difficile à quitter

Une perte opérationnelle de 693 millions de dollars au premier semestre 2026, et un chiffre d'affaires de 16,3 milliards sur la même période, contre 1,2 milliard un an plus tôt : le formulaire S-1 déposé lundi par Anthropic auprès de la SEC juxtapose une croissance hors norme et une rentabilité encore incertaine (TechCrunch). La société vise le Nasdaq sous le symbole « ANT » ; ni le montant levé ni le prix ne sont fixés (L'Usine Digitale).

Pour un DSI, l'intérêt du document tient moins à la valorisation qu'à la mécanique commerciale décrite. Au 30 septembre, plus de 11 900 clients dépensaient au moins 100 000 dollars par an, contre plus de 950 un an auparavant. Plus de la moitié d'entre eux utilisent à la fois la plateforme et une application maison, contre environ 30 % fin 2025. La rétention nette des revenus atteint environ 900 %, selon les chiffres déclarés par l'éditeur (TechCrunch).

TechCrunch rapproche explicitement ce modèle de celui d'AWS : entrer par l'API, étendre aux développeurs, puis à l'ensemble des salariés. Le S-1 signale aussi ses propres fragilités : la concentration de clientèle, et la concurrence naissante avec Amazon, Google et Microsoft, à la fois distributeurs et fournisseurs de calcul. Côté gouvernance, les sept cofondateurs conserveront 50,1 % des droits de vote.

Rapporté au rapport de la Cour des comptes, le parallèle s'impose. L'IA d'entreprise reproduit, à une vitesse bien supérieure, la trajectoire qu'a suivie la bureautique : adoption par l'usage, extension par l'intégration, dépendance par l'accumulation. Les clauses de réversibilité se négocient au premier contrat, pas au dixième.

Le Radar Stratégique

  • Fret de data centers ciblé. Plus de 100 millions de dollars de matériel destiné aux data centers ont été volés sur les routes américaines depuis juin, avec piratage de comptes de courtiers et, dans un cas, falsification des coordonnées de suivi (Ars Technica, FreightWaves).
  • Microsoft réduit la voilure. Le groupe propose des départs volontaires à jusqu'à 60 000 salariés aux États-Unis, au Royaume-Uni, au Canada et en Inde (The Verge).
  • Le calcul en crédit-bail. SpaceX a obtenu environ 40 milliards de dollars auprès d'Apollo, qui achètera des GPU Nvidia pour les lui louer sur cinq ans environ (TechCrunch).
  • Signal faible : le commerce ferme la porte aux agents. The RealReal durcit sa défense anti-robots après qu'un agent Muse de Meta a pu bloquer des articles pendant des heures en les remettant sans cesse au panier (The Verge). Les sites marchands commencent à traiter les agents comme une menace d'usage.

Grille Décisionnelle

  1. Chiffrer le coût de sortie. Recenser les suites collaboratives critiques, leurs dépendances applicatives et le coût complet d'une migration, avant les prochains renouvellements.
  2. Calibrer les seuils d'accès. Définir avec chaque métier des volumes de consultation normaux, puis automatiser alerte et blocage sur les applications exposant des données personnelles.
  3. Négocier la réversibilité de l'IA. Exiger portabilité des données, des prompts et des intégrations avant d'étendre un fournisseur d'IA de l'API à l'ensemble des salariés.

Sources & Références

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Cette revue a été rédigée avec l'assistance d'une intelligence artificielle et peut comporter des imprécisions. Elle ne saurait se substituer à la richesse et aux nuances des éléments originaux (podcasts, articles, rapports).

* P.-S. : Alexandre et Julie sont des personnes fictives incarnant les agents d'intelligence artificielle de la rédaction d'Eutarcus.